Moi aussi je suis choquée.
¤Un de mes voisins est en train de transformer deux prairies contigües en champ de maïs, (denrée devenue si chère), pour pouvoir nourrir ses bêtes. On va finir par avoir des comportements menant à l'autarcie, si cela continue.
¤J'ai trouvé dans une annexe de ma maison, qui était anciennement habitée par un paysan, des exemplaires de journaux hebdomadaires datant des années 1980, le journal "La Terre", par exemple; je ne les ai pas jetés et vais les lire, pour comprendre ce qui s'est passé pour que la situation agricole se dégrade à ce point. Ce journal était un journal d'opposition (Fondateur: Waldeck Rochet, et Directeur André Lajoignie), mais j'ai aperçu des articles relatant des situations pas normales: par exemple des tournées de ramassage de lait qui cessaient de faire le détour chez les petits producteurs: les acheteurs industriels de lait ne voulant pas faire affaire avec des propriétaires isolés de petits troupeaux de laitières. C'est avec ce système de la rentabilité à tout prix pour vendre le moins cher possible aux centrales d'achat que, même en France, on a poussé à l'arrêt pas mal d'exploitations (non reprises par les enfants lorsque les parents prennent leur retraite, par exemple). Et c'est ce système qui a amené à une agriculture intensive avec remembrements destructeurs pour l'environnement, surexploitation des ressources et hypermécanisation; et salaires miséreux pour les paysans, endettés jusqu'au cou à cause de leurs achats de gros matériel.
Il y a quelques années j'avais visité une exploitation céréalière aux alentours de Moulins en Allier: il y avait un seul poste de travail, celui du chef de famille, pour près de 120 ha de champs. Surfaces très grandes, dénudées, sans arbres, sans haies (on se serait cru au nord d'Orléans); l'unique agriculteur était suréquipé (il le fallait bien, puisqu'il était seul et souhaitait une forte productivité pour contrer les prix de vente bas): multiples tracteurs et remorques utilitaires, silos, granges, etc... Journées de travail très longues. A la fin de la visite, il nous a avoué qu'il gagnait à peu près le SMIC,
les années normales, sans calamités agricoles.
Finalement, on a, en ne payant pas correctement les paysans pour leur travail, poussé pas mal d'entre eux à démembrer leur exploitation au moment de la retraite (champs vendus aux voisins et maison d'habitation vendue à un citadin -- c'est comme cela que j'ai acheté ma maison, d'ailleurs), et forcé les autres à faire du travail intensif destructeur pour l'environnement et ne permettant ni aux paysans de vivre décemment, ni aux consommateurs de manger de la nourriture de bonne qualité, voire de la nourriture bonne pour la santé.
On critique les éleveurs bretons de porc parce qu'ils font de l'intensif et polluent leur région, mais comment, lorsqu'on gagne une somme ridicule par bête vendue, faire autrement que de multiplier le cheptel, pour arriver à vivre?
Il faut que les consommateurs européens acceptent de payer assez cher une nourriture en échange d'un retour à une promesse de qualité. Et aussi paient à leur prix les bananes ou le café et le cacao des pays en voie de développement. Le système du commerce équitable est remarquable, et je m'y suis mise depuis trois ans: j'achète toujours mon café de cette manière.